Le premier jour du reste de ma vie

Si tu lis habituellement mes articles pour te détendre, pour rire de mes foirages créa ou, sait-on jamais, admirer mes projets terminés, sache que le message du jour sera plutôt un billet d’humeur. Et pas des plus gais. Si tu as besoin qu’on te remonte le moral, je te conseille de passer ton chemin…  Pourquoi écrire cet article ? Parce que j’en ai besoin, parce que je dois avancer.

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Le 29 octobre dernier, sur une route irlandaise, que j’imagine petite et sinueuse, le cœur de mon père a subitement décidé de s’arrêter.

Et d’un coup, ou petit à petit, je n’en sais rien, tous les possibles sont devenus des regrets, tous les moments insignifiants sont devenus des souvenirs, tous les objets qui lui appartenaient sont devenus des trésors.

Toutes les images de lui ont disparu de ma mémoire pour se recomposer en une version sensible, presque palpable où chaque parcelle de lui s’est inscrite en moi, j’espère pour toujours.

Mon monde s’est écroulé et j’ai bien cru ne jamais me relever. Et puis j’ai dû faire face, reprendre le dessus, au moins en surface, pour faire ce que je fais le mieux : gérer. Je suis allée en Irlande avec ma sœur pour soutenir ma mère et surtout pour le ramener.

Cette parenthèse irlandaise a été un sas avant la réalité, une semaine faite d’attente, de démarches administratives et de décisions à prendre. Et puis nous sommes rentrés, tous ensemble pour la dernière fois. Et nous lui avons dit au revoir, pour la dernière fois aussi.

Et il a fallu retourner à la réalité. Faire face aux tracasseries insignifiantes. Reprendre le travail. Reprendre figure humaine. Organiser, se projeter. Jouer et rire avec Céleste. Se nourrir. Dormir.

Rien n’est évident, rien n’est simple. A tout instant et quand je m’y attends le moins, je (re)prends conscience qu’il n’est plus là. Ou j’entends sa voix dans ma tête et un flot de larmes irrépressibles jaillit.

Tous les matins sont difficiles, j’espère encore secrètement que ce n’est qu’un mauvais rêve, qu’il n’a pas pu me faire ça. Et puis je vois son portrait qui me sourit sur la table de nuit avec l’air de dire « c’est la vie » et je sais qu’il a raison. Alors je décide de cueillir le jour, comme il aimait si bien le faire.

Et évidement que je vais continuer. Je vais faire des projets. Je vais faire de ma fille une belle et grande femme. Je te présenterais encore mes petites créations, ici-même. Je ferais des blagues douteuses. Je prendrais la pose en souriant.

Je crois qu’il aimait que je sois « une créative » même s’il se moquait de mes loisirs de mémé et de mes chaussettes tricotées. Le dernier cadeau qu’il m’ait fait, c’est un set de crochets qu’il avait commandé en Chine. Il m’a acheté tellement de boutons et de boîtes de mercerie que j’en ai pour la vie à tout utiliser. Je penserais à lui à chaque fois que je m’en servirais.

Les gens ne meurent que lorsqu’on les oublie. Alors il ne mourra jamais.

Voilà comment a démarré le reste de ma vie.

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